Au bord de l'eau


Rhin et histoire

Long de 1 230 km, le Rhin prend sa source dans les Alpes sur les flancs du massif du Saint Gothard, à l'est de la Suisse (canton des Grisons). Après son passage par le lac de Constance, puis les chutes de Schaffhouse, il traverse Bâle, s’oriente vers le nord au milieu de la plaine supérieure du Rhin et poursuit son cours vers la Mer du Nord. Il aura alors traversé ou longé six pays : la Suisse, le Liechtenstein, l'Autriche, l'Allemagne, la France et les Pays-Bas.

Voie privilégiée de transport et d’échanges dès la fin du VIIIe siècle, le Rhin se verra confirmée officiellement sa vocation de grande voie internationale de trafic fluvial avec liberté de navigation jusqu’à la mer par le Traité de Vienne en 1815, la convention de Mayence en 1831 puis celle de Mannheim en 1868 ; enfin par le Traité de Versailles en 1919.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le fleuve reste cependant instable et capricieux, divaguant dans la plaine en une multitude de bras : les inondations sont fréquentes ; les nombreux marécages facilitent la propagation de maladies; la navigation est régulièrement perturbée ; le tracé de la frontière entre l’Alsace et le Pays de Bade change perpétuellement. Ces inconvénients sont à l’origine de gigantesques travaux de correction du fleuve selon les plans de l’ingénieur-colonel badois Johann Gottfried Tulla. Entrepris le long du secteur frontière entre la France et l’Allemagne dès 1817, ils se poursuivront jusqu’en 1876. Ils consistent à éliminer les méandres du fleuve pour lui délimiter un lit régulier entre deux digues. Mais en raccourcissant le cours du Rhin de près de 30 km, les travaux rompent l’équilibre naturel du fleuve : son lit s’enfonce par l’accélération du courant ; la nappe phréatique s’effondre faisant souffrir l’agriculture. Des travaux de régularisation pour réduire ces phénomènes sont entrepris en aval de Strasbourg entre 1907 et 1924, puis entre Strasbourg et Bâle entre 1930 et 1963.

Parallèlement, un projet de canal latéral au Rhin, « pour la navigation et la production d’électricité », imaginé par l’ingénieur alsacien René Koechlin, est autorisé en 1925. Koechlin prévoyait alors 8 centrales, de Bâle à Strasbourg, alimentées par le seul barrage de Kembs. Le chantier du Grand Canal d’Alsace et la construction des ouvrages constituant l’aménagement de Kembs débutent en 1928. Mis en service en 1932, centrale, écluses et barrage seront sérieusement endommagés pendant la seconde guerre mondiale. Reconstruits après guerre, les ouvrages sont nationalisés en 1946 et transmis à Electricité de France qui vient d’être créée. L’aménagement moderne du Rhin est lancé.

Rhin et électricité

10 grandes centrales, 2 petites centrales hydroélectriques et 1 centrale nucléaire jalonnent le Rhin entre Bâle et Lauterbourg, sur près de 185 kilomètres de frontière commune entre la France et l’Allemagne. Celles exploitées par EDF produisent chaque année près de 20 milliards de kWh.
100% de l’électricité produite n’entraîne aucune émission de gaz à effet de serre.

Rhin et barrages

Réalisés pour dériver l’eau à des fins énergétiques vers les centrales, les barrages ont également d’autres fonctions : ils participent à l’alimentation du fleuve naturel et à la sécurité des biens et des personnes en cas de crue.

Entre Kembs et Strasbourg, cinq barrages sont garants en permanence d’un débit minimum restitué au Rhin : c’est le débit réservé. Celui-ci est établi de façon à préserver la faune et la flore naturelles du fleuve.
Chaque barrage comporte plusieurs passes équipées de vannes réglables. Leur système de gestion intègre les contraintes de sécurité qui permettront d’évacuer un débit important en cas de crue, même s’il y a dysfonctionnement d’une passe. Lorsque la crue est exceptionnelle, le débit vers les centrales est réduit progressivement pour être transféré dans le lit naturel du fleuve. La pointe de la crue peut ainsi être écrêtée par étalement des eaux dans des polders et dans les îles du Rhin, jusqu’aux digues aménagées au XIXe siècle côté allemand.

A Brisach et à Kehl, 2 barrages agricoles créent une retenue d’eau utile à l’irrigation des cultures et au maintien du niveau de la nappe phréatique dans le Rhin. Leur hauteur de chute a été mise à profit pour la réalisation de 2 petites centrales.

Rhin, écluses et navigation

Quelques chiffres…

  • 8 écluses exploitées par EDF
  • 49 éclusiers EDF assermentés
  • 20000 bateaux éclusés / mois à Strasbourg
  • 60 000 m3 d’eau sont contenus dans un grand sas
  • 20 mn = durée moyenne d’un éclusage
  • 600 t = poids d’une porte aval aux écluses de Kembs
  • 3 jours pour une liaison express entre Rotterdam et Mulhouse

Au-delà de la production d’énergie, EDF a pour mission d’assurer la navigation libre et gratuite des péniches et autres embarcations sur le Rhin, 24h / 24, toute l’année. L’enjeu économique est de taille puisque le fleuve relie Rotterdam, 1er port européen, à Bâle qui se classe parmi les 5 premiers, en passant par Strasbourg et Mulhouse – Ottmarsheim, respectivement 2e et 3e des ports fluviaux français après Paris. L’enjeu écologique est important aussi : il ne faut que 4 péniches pour transporter 8800 tonnes de marchandises et éviter la circulation de 440 poids-lourds.

EDF gère et entretient les 8 écluses qui jalonnent le fleuve entre Kembs et Strasbourg. A Gambsheim, les écluses sont sous la responsabilité de Voies Navigables de France, à Iffezheim, sous celle de la WSV (Wasser- und SchifffahrtsVerwaltung), le service de navigation allemand. Côté sécurité, le Service de la Navigation de Strasbourg et son homologue allemand le WSA Freiburg, sont en charge des usagers et riverains du fleuve, en liaison avec le CARING (Centre d’Alerte Rhénan et d’Information Nautique de Gambsheim). La compagnie de gendarmerie fluviale du Rhin contrôle l’application des règlements et intervient pour porter assistance aux navigants.

Bilingues, l’allemand étant la langue officielle de la navigation sur le Rhin, et assermentés, les éclusiers sont des agents EDF qui ont suivi une formation spécifique. Leur mission consiste à gérer les éclusages en respectant les priorités de passage et la sécurité.

Pour garantir le bon fonctionnement des installations, les écluses sont périodiquement vidées afin de permettre une inspection, une opération d’entretien, la réalisation de travaux de maintenance ou de modernisation. Ces périodes sont établies en concertation avec les services de la navigation et les navigants, ce qui permet de minimiser les gênes à la circulation sur le fleuve.


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