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  La situation médio-européenne de l’axe rhénan lui confère une richesse biologique précieuse. Cette richesse s’exprime également au niveau
de son herpétofaune et particulièrement par une grande diversité
en amphibiens.
Les espèces présentes sont typiques des grandes forêts alluviales d’Europe. Au niveau national, l’Alsace héberge des espèces typiques
de l’herpétofaune d’Europe de l’Est comme le crapaud vert, la grenouille des champs et le pélobate brun que l’on ne retrouve pas dans le reste
du pays.

Amphibiens

La grenouille rousse (Rana temporaria) : cette espèce très commune
se retrouve régulièrement le long du Rhin. Elle se reproduit dans les plans d’eau calmes comme des bras morts.
La grenouille agile (Rana dalmatina) : Il s’agit d’une espèce typique
des forêts alluviales et dans certains secteurs, elle est plus abondante
que la grenouille rousse.
La grenouille des champs (Rana arvalis) : c’est une grenouille typique
des milieux ouverts d’Europe centrale. Le Rhin s’est présenté comme
un axe de dispersion de l’espèce qui a ainsi atteint notre contrée.
Elle est actuellement au bord de l’extinction, confinée au nord
de Strasbourg.
Les grenouilles « vertes» au sens large. On peut y regrouper trois espèces : Rana ridibunda (rieuse), Rana laessonae (verte sensus-stricto) et Rana esculenta
qui est un hybride. Ces trois espèces, plus ou moins faciles à identifier, sont présentes tout le long du Rhin. La grenouille rieuse
est considérée comme non indigène.
Le crapaud commun (Bufo bufo) :
Aussi commun que la grenouille rousse,
il fréquente les même milieux.
Le crapaud sonneur (Bombina variegata) : Ce « faux » crapaud est en forte régression actuellement. Il recherche pour sa reproduction, échelonnée d’avril à août, les flaques d’eau résiduelles comme les ornières, les fossés ou tout autres points d’eau temporaires. Ainsi, il ne se retrouve pas
en concurrence avec d’autres espèces mais subit régulièrement l’assèchement de ses sites de ponte.
Le pélobate brun (Pelobates fuscus) : Dans son fief, en Europe centrale où il est très abondant, il occupe aussi bien les milieux ouverts tel les marais, que les milieux forestiers. Comme pour la grenouille des champs, le Rhin
a été un axe migratoire et, en Alsace, il est confiné aux forêts rhénanes.
En forte régression, il ne se trouve plus de nos jours, qu’au nord
de Strasbourg.

La rainette (Hyla arborea) : Les forêts rhénanes sont le dernier secteur alsacien où cette espèce est abondante. Elle est notée en régression rapide un peu partout en Europe. Pour se maintenir, cette petite grenouille a besoin de sites de ponte végétalisés dans un grand secteur où peut se maintenir une méta population. En effet, des études de terrain ont démontré qu’un vaste secteur est occupé par de multiples petits noyaux de population qui doivent rester en contact entre eux afin d’entretenir un échange régulier de reproducteurs. Il est certain qu’un ensemble de milieux comme la succession des forêts le long du Rhin répond parfaitement à ces besoins. Nul doute que le fractionnement des milieux que l’on observe ailleurs en Alsace, est une explication à la raréfaction de cet animal sympathique.

Les tritons : Les quatre espèces sont présentes dans les forêts rhénanes. Le triton alpestre (Triturus alpestris) recherche, comme le sonneur, de petites flaques d’eau pour se reproduire. Les triton vulgaire (T. vulgaris) et triton palmé (T. helveticus) affectionnent les petits plans d’eau permanents, alors que le grand triton crêté (T. cristatus) recherche plutôt les plans d’eau de grande taille et profonds.

On voit ainsi que ce ne sont pas moins de 14 espèces de batraciens
qui trouvent refuge dans les forêts rhénanes soit 80% des espèces alsaciennes. On note dans une large majorité une régression parfois spectaculaire de ces animaux. Il ne faut pas oublier que si les amphibiens ont besoin de plans d’eau variés pour assurer leur reproduction, il leur faut également des milieux terrestres adéquats pour vivre en dehors de cette période. Seules les grenouilles vertes restent fortement inféodées
aux milieux aquatiques, les autres espèces n’y restant que le temps
de la reproduction soit par exemple seulement une semaine pour
le crapaud commun ou la grenouille rousse. Ils se révèlent ainsi sensibles à la dégradation des milieux terrestres et aquatiques.

Les reptiles

Le nombre d’espèces de reptiles est beaucoup plus modeste que celui des amphibiens. Ces espèces sont entre autres beaucoup plus exigeantes
en chaleur et notre climat est sans doute un facteur limitant à leur diversité.

On trouve en forêt rhénane deux serpents :
la coronelle lisse
(Coronella austriaca)
et la couleuvre à collier (Natrix natrix) qui est beaucoup plus abondante car recherchant les plans d’eau. Le secteur du Rhin constitue sans doute la zone d’abondance maximum de cette espèce pour l’Alsace.
Les lézards sont également représentés par deux espèces, il s’agit du lézard des murailles (Lacerta muralis) relativement commun et du lézard des souches (Lacerta agilis) qui semble en légère régression.
On peut terminer en citant l’orvet (Anguis fragilis) qui est régulier
sur ces secteurs.

Ce sont donc en tout 19 espèces de reptiles et batraciens qui vivent dans les forêts rhénanes. Il est rare de trouver en Europe, une telle richesse
qui s’approche de certains milieux sub tropicaux. On constate que pour certaines d’entre elles, les forêts rhénanes constituent l’ultime refuge pour notre pays. C’est dire l’importance de la conservation de ces milieux pour
la sauvegarde de ces espèces.

Par le Dr. Jean BARBERY pour BUFO (Association pour l'étude et la protection des amphibiens et reptiles d'Alsace)
Museum d'Histoire Naturelle et d'Ethnologie de Colmar - 68000