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Le fleuve tranquille et familier que nous admirons aujourd’hui, domestiqué par le génie humain, semble immuable, figé dans son paysage.
Nous pourrions presque oublier que la géographie n’est que dynamique et mouvement, et que l’histoire des hommes n’est qu’un instant dans son échelle du temps.

La genèse d’un fleuve

Les mouvements tectoniques ont fortement modifié le cours du Rhin 
et de l’Aar, au fil des temps. Le Rhin que nous connaissons actuellement n’a pas toujours suivi le même tracé. Son histoire est très tumultueuse.

Il y a 45 millions d’années, la région de Colmar était occupée par un bras 
de mer, que l’on désigne par « fossé rhénan », dans lequel aboutissait 
le Rhin, venant du Sud Est.

Vers 20 à 18 millions d’années, le fossé rhénan s’est « continentalisé », 
en particulier avec l’éruption du volcan du Kaisersthul, le Rhin a alors trouvé un exutoire vers le Danube et la Mer Noire.

Vers 15 à 10 millions d’années, un basculement vers l’ouest entraîne 
le Rhin vers la Méditerranée.

Vers 7-6 millions d’années, de nouveaux basculements, et l’élévation 
du Jura renvoient à nouveau le Rhin vers le Danube et la Mer Noire.

Vers 2 à 1.7 millions d’années, les bordures du fossé alsacien et le Jura 
se soulèvent à nouveau, le Rhin trouve sa voie vers la mer du Nord, que nous connaissons aujourd’hui.

 

Le Rhin en chiffres

  • Source du Rhin : Le Rhin prend sa source sur les flancs 
    du Saint-Gothard en Suisse. Formé par la réunion du Hinterrhein 
    et du Vorderrhein, situé à 2 344 et 2 216 m d’altitude, le Rhin alpin traverse ensuite le lac de Constance à l’altitude de 394 m, 
    puis reçoit de puissants affluents comme l’Aar, la Moselle, le Main, 
    la Meuse, le Neckar, pour se jeter dans la Mer du Nord.
  • Longueur : 1 325 km. C’est le plus grand fleuve d’Europe occidentale.
  • Superficie du bassin versant : 185 000 km. Troisième bassin 
    fluvial d’Europe, le Rhin suit celui de la Volga (1 380 000 km
    et le Danube (817 000 km).

  • Débits à Bâle : 
    Moyens : 1 062 m/s, 
    Extrêmes : de 202 m/s à 5 700 m/s.
    Alors qu’à son entrée en France, le fleuve ne draine que 20% 
    de la surface totale de son bassin, son débit moyen représente 
    déjà la moitié de celui de l’embouchure (2 200 m/s).
  • Débit moyen à Strasbourg : 1 080 m/s.


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Un aménagement en plusieurs étapes

1. La correction du Rhin par Johann Gottfried Tulla


Crues dévastatrices, navigation incertaine, frontières changeantes au gré 
du fleuve, sont à l’origine de la « correction » du fleuve au XIX siècle.
Conçus par le colonel badois Tulla, les travaux sont réalisés 
de 1842 à 1876.
La correction vise à délimiter un lit « mineur » régulier, d’une largeur de 200 à 300 mètres, aménagé entre deux digues, et un lit « majeur », délimité par des digues de hautes eaux à l’intérieur des terres qui sert à contenir les crues du Rhin.


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Le nouveau tracé (rose sur la carte) élimine les principaux méandres, raccourcit d’environ 30 km le cours franco-allemand du fleuve, comble des bras morts et maintient un tirant d’eau suffisant pour une bonne navigation.

Grâce à ces travaux, les villages riverains ont connu une meilleure protection contre les fortes crues ; les surfaces habitables et de terrains agricoles ont également augmenté. Pourtant, en raccourcissant le Rhin de 15% de la longueur du tronçon entre Bâle et Lauterbourg, les travaux initiés par Tulla ont rompu l’équilibre du fleuve et de son environnement.
L’augmentation de la vitesse de l’eau va provoquer une érosion très importante du lit du fleuve avec un creusement de 10cm/an à certains endroits. Près de Kembs, émerge alors la barre rocheuse d'Istein qui interdit pratiquement l’accès au port de Bâle (33 jours navigables en 1928 !).

Johann Gottfried Tulla (1770-1828), un Ingénieur – Colonel

Colonel des Ponts et Chaussées du Grand Duché de Bade, Johann Gottfried Tulla a consacré sa vie et son talent au fleuve rhénan. Né, près du Rhin, à Karlsruhe, il est d’origine hollandaise, pays de l’embouchure de ce fleuve européen. C’est lui qui, dès 1812, concevra le projet de la correction du Rhin de Bâle à Mannheim mais mourra sans voir les travaux qui débuteront en 1942. Il repose au cimetière de Montmartre à Paris.


La barre rocheuse de Istein

Ces travaux titanesques inaugurent l’ère moderne du Rhin et le lit naturel qu’il a aujourd’hui. Mais l’équilibre du fleuve ayant été rompu, 
des travaux de régularisation s’avèrent indispensables.

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