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construction barrage

2. La régularisation

Inspirée des travaux de l’ingénieur français Henri Girardon sur le Rhône, la régularisation du Rhin vise à limiter l’érosion importante de son lit provoquée par la correction de Tulla, tout en garantissant un chenal navigable lors des basses eaux, grâce à la pose d’épis transversaux.

Les épis transversaux

En dessinant un tracé sinusoïdal, la succession d’épis en enrochement en vrac contraint le fleuve à draguer lui-même les hauts-fonds et à entretenir un chenal régulier. En final en 1956, ce sont 2538 petits ouvrages réalisés qui ont utilisé 4 millions de tonnes de pierres.



Carte des épis correcteurs

Ces travaux sont menés de 1907 à 1931 entre Mannheim et Strasbourg , puis de 1930 à 1956 pour la partie Strasbourg à Istein (près de Kembs), avec une interruption pendant la deuxième guerre mondiale.
Parallèlement, l’ingénieur alsacien René Koechlin développe le projet de Grand Canal d’Alsace.

3. Le Grand Canal d’Alsace

En 1902, l’ingénieur René Koechlin présente à la Société Industrielle de Mulhouse (SIM) son projet de canal latéral au Rhin, pour la navigation et pour produire de l’électricité. Il prévoyait 8 chutes entre Bâle et Strasbourg alimentées par un seul barrage : Kembs.

Le droit de réaliser un tel aménagement du Rhin a été accordé à la France par le Traité de Versailles en 1919, suite à une intervention personnelle de René Koechlin auprès des négociateurs français. Approuvé par la Commission Centrale pour la Navigation du Rhin en 1925, le chantier du Grand Canal d’Alsace peut commencer. Les travaux sont réalisés par la société de René Koechlin « Energie Electrique du Rhin ». Interrompus par la guerre 1939-1945, ils seront poursuivis par EDF, entreprise nationalisée créée en 1946.

Long de 52 km et large de 150 m en moyenne, le Grand Canal d’Alsace offre un chenal navigable variant de 80 à plus de 100 m de largeur, soit entre 20 et 40 m de plus que le canal de Suez !
La profondeur moyenne est de 10 m, le débit maximum de 1400 m/s. Le Rhin naturel a un débit minimum réservé de 20 m/s l’hiver et 30 m/s l’été pour la préservation de sa faune et de sa flore. Une passe à poisson au niveau du barrage de Kembs permet leur migration entre le Grand Canal d’Alsace et le Rhin.

Finalement, ce sont 4 chutes qui s’y succèderont : Kembs, Ottmarsheim, Fessenheim et Vogelgrun. Les aménagements suivants seront de type « en feston ».

René Koechlin (1866-1951), un entrepreneur rhénan

Né à Buhl dans la vallée de Guebwiller en 1866 (mort en 1951), René Koechlin est diplômé major de l’Ecole Polytechnique de Zurich. Spécialiste des constructions d’usines hydroélectriques, il imagine dès 1893 d’utiliser le Rhin pour une production d’énergie au bénéfice de l’Alsace. En 1927, il fonde « l’Energie Electrique du Rhin » pour aménager la première chute de Kembs sur le Grand Canal d’Alsace. Puis la « Société hydroélectrique des Vosges » qui construira l’aménagement de transfert d’énergie par turbinage-pompage du Lac Noir–Lac Blanc près d’Orbey. Une persévérance et une créativité couronnées de succès pour cet industriel mulhousien !
  


4. Les festons

Si un aménagement tel que le Grand Canal d’Alsace a stoppé l’enfoncement du fleuve et permis le redémarrage du transport fluvial (notamment pour Bâle), la production de l’électricité et le développement économique local associé, il présente aussi des inconvénients : creuser un canal en laissant au Rhin naturel un débit réservé de quelques dizaines de m/s a privé l’Allemagne d’accès industriels au fleuve. De plus, la nappe phréatique s’est trouvée moins bien alimentée.
C’est pourquoi, la convention franco-allemande de Luxembourg en 1956 modifie le projet initial et adopte un nouveau type d’aménagement dit « en feston » ainsi que la création de deux barrages « agricoles » et de seuils dans le lit naturel du Rhin.

Chaque aménagement en feston comprend son propre barrage qui dérive l’eau du Rhin dans un canal d’amenée en créant une île. La centrale et l’écluse sont construites sur cette dérivation du fleuve.
Puis l’eau est restituée au Rhin naturel après le franchissement de la chute.
Le Rhin naturel conserve un débit minimum permanent de 15 m/s, appelé « débit réservé » pour assurer la vie de la faune et de la flore.
Quatre chutes sont ainsi construites en feston : Marckolsheim, Rhinau, Gerstheim et Strasbourg

Les étapes de la construction d’un barrage 
à l’entrée d’un aménagement en feston.

1) Creusement et aménagement du canal. La navigation 
     se poursuit sur le cours du Rhin naturel.
  
2) Construction à sec du barrage entre le canal 
     et le lit naturel du Rhin.
  
3) Terrassement, en aval et amont, du barrage 
    du chenal d’évacuation des crues.
  
4) Ouverture du « bouchon », du Rhin naturel vers le canal. 
     Déviation de la navigation vers le canal.
  
5) Construction de la digue du barrage fixe. Ouverture 
     du bouchon aval vers le Rhin Naturel
  
6) Aménagement définitif du barrage fixe.
  

La poursuite des aménagements seront franco-allemands 
et construits « en ligne »

5. Les aménagements franco-allemands en ligne

Compte-tenu d’une pente encore trop importante,
les problèmes d’érosion du lit du Rhin liés au débit
se produisent à nouveau en aval de Strasbourg.
Les Etats français et allemand décident,
par la Convention de Paris en 1969, la construction de nouveaux aménagements à Gambsheim, Iffezheim et Lauterbourg-Neuburgweier.
C’est le Rhin lui même qui est dorénavant aménagé. Les chutes alignent perpendiculairement au fleuve : barrage, digue de fermeture, centrale
et écluses, supportant un pont-route entre les deux rives du Rhin.

Les 2 Etats ont financé à part égale les ouvrages non énergétiques (barrages, digues, écluses).
Ils ont confié le financement et l’exploitation des centrales à EDF et à l’électricien allemand Badenwerk (aujourd’hui groupe EnBW).
Les deux électriciens ont créé des filiales à 50%, CERGA de droit français pour Gambsheim (exploitée par EDF) et RKI de droit allemand pour Iffezheim (exploitée par EnBW).
Ils se partagent la production à part égale.

En 1982, suite à une opposition écologique importante, l’Allemagne a demandé le renoncement de la construction de la 3 centrale de Lauterbourg-Neuburgweier. La France a payé sa quote-part et, depuis cette date, pour compenser l’érosion du lit du fleuve, l’Allemagne finance un apport annuel de 200 000 m de cailloux calibrés en aval de la chute d’Iffezheim.

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